Tu te lèves le matin et tu trembles déjà, comme si tu avais froid.
Tu vois très bien ce moment : la nausée est là avant même le premier café, la tête tourne, et tes jambes te donnent l’impression d’être en guimauve. Tu peux marcher, tu peux lever les bras, mais à l’intérieur, tu as la sensation physique que ton corps va te lâcher sur place. Tu retournes chez le médecin, tu refais une prise de sang, un bilan complet. Tout revient normal. On te parle de fatigue ou de stress, et tu rentres chez toi encore plus seule avec un corps qui te terrifie.
Dans ce nouveau Live de Ce n’est pas dans ma tête, j’ai invité Yoleen Bourgeois à raconter comment elle a traversé ces réactions corporelles étranges et comment son corps a appris à décharger autrement.
Pourquoi le corps produit des symptômes bizarres alors que les examens médicaux sont normaux : lorsque le système nerveux accumule des tensions sur une longue période sans pouvoir les évacuer, il peut provoquer des vertiges, des nausées, une sensation de faiblesse musculaire ou des tremblements involontaires. Le cerveau interprète souvent ces signaux comme un danger immédiat et déclenche une décharge d’adrénaline qui amplifie le malaise, alors que l’organisme tente de relâcher la pression accumulée.
Quand travailler sur la tête aggrave ce qui se passe dans le corps
Beaucoup de femmes arrivent vers moi après un long parcours. Elles ont vu des médecins, fait de la kiné viscérale pour vérifier si un nerf n’était pas coincé, consulté plusieurs psychologues. C’était le cas de Yoleen.
Dès l’âge de 20 ans, on lui avait diagnostiqué une hypertension que rien ne semblait calmer, au point de devoir la médicamenter. À côté de ça, les sensations physiques prenaient toute la place : vertiges, frissons dès le réveil, nausées à en être malade, brouillard mental épais, impossibilité de relâcher les muscles le soir pour dormir.
Pourtant, Yoleen rumine très peu. Son mental ne tourne pas en boucle de façon consciente.
Alors, quand elle multipliait les suivis psychologiques classiques, il se passait l’inverse de ce qu’elle cherchait. Parler pendant une heure l’obligeait à ressasser des sujets qu’elle ne ruminait même pas le reste du temps. Ses sensations physiques empiraient. Elle a aussi essayé l’EMDR. Pour elle, chaque séance ressemblait à une chute au fond d’un trou, suivie d’une longue lutte pour remonter à la surface, avant d’y replonger la séance suivante. Pendant ce temps, son corps continuait de paniquer.
Le cercle infernal : quand la peur de la sensation déclenche une deuxième vague
Ce qui épuise le plus dans une réaction corporelle bizarre, c’est rarement la sensation de départ. C’est la réaction en chaîne qui suit dans la seconde.
Voici ce qui se passait pour Yoleen à chaque alerte :
Une sensation étrange apparaît sans raison logique, parfois au bureau, parfois un samedi soir tranquille à la maison.
Le cerveau scanne l’état interne et déclenche l’alarme : C’est bizarre, tu ne te sens pas bien, tu vas faire un malaise et tomber là sans pouvoir te relever.
Cette interprétation de danger provoque une montée de panique immédiate.
Le système nerveux envoie une énorme décharge d’adrénaline dans tout l’organisme.
Le corps met ensuite plusieurs heures à redescendre de cette vague chimique, épuisé et hypervigilant.
Au quotidien, le coût est énorme. Dès le réveil, se préparer devient une montagne. Faire la route jusqu’au travail demande un effort démesuré. Une fois au bureau, toute l’attention reste aimantée par ce qui se passe à l’intérieur pour vérifier que le corps tient debout. Impossible de suivre deux dossiers en même temps.
Et par-dessus la fatigue, il y a la solitude. On regarde les autres vivre leur journée tranquillement et on a la conviction intime d’être anormale, d’être la seule à vivre un tel dérèglement.
Comprendre pourquoi ton corps déclenche des vertiges, des nausées ou des tremblements alors que tes bilans sont normaux est une première étape. La deuxième, c’est d’avoir des pratiques corporelles courtes sous la main pour couper la vague d’adrénaline dès le premier signal, quand parler ne suffit plus.
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Mon chien chez le vétérinaire et les films d’horreur
Dans nos sociétés, dès que le corps bouge tout seul ou produit une sensation inhabituelle, on panique. On pense que la machine casse.
La première fois que j’ai compris ce mécanisme dans ma chair, c’était avec mon chien. On sortait d’une visite horrible chez le vétérinaire. Là-bas, il était resté complètement figé, tétanisé sur la table. En rentrant à la maison, il s’est mis à trembler de partout. J’ai cru qu’il faisait un arrêt cardiaque tellement le stress avait été fort. En réalité, il faisait exactement ce que la biologie a prévu : il sortait de sa tétanie en tremblant pour évacuer la charge. Cinq minutes plus tard, il dormait profondément.
Chez nous, c’est pareil. Quand on accumule de la tension pendant des mois ou des années sans jamais la laisser sortir, l’organisme finit par saturer. Les tremblements ou les mouvements involontaires font parfois peur, au point de rappeler certains films d’horreur quand ils sont amples. Chez d’autres personnes, ils restent presque invisibles de l’extérieur.
Dans les deux cas, le corps essaie de vider le trop-plein.
Changer de porte d’entrée : TRE et Brainspotting
Quand Yoleen a poussé ma porte, on a arrêté de passer par l’analyse mentale pour aller directement dans le système nerveux, étape par étape.
Avec le TRE (ces exercices qui activent les tremblements neurogéniques naturels) et l’exploration somatique, on a d’abord apprivoisé les sensations ensemble. En les traversant dans un cadre sécurisé, son cerveau a enregistré une information nouvelle : cette sensation de jambes en coton ou cette nausée est inconfortable, mais elle ne représente aucun danger vital. Elle ne va pas s’évanouir sur le sol.
Au fil des mois, en combinant ce travail de décharge avec ses séances passées, sa tension artérielle est redescendue. Aujourd’hui, à 28 ans, elle n’a plus d’hypertension et ne prend plus de médicaments pour ça.
Puis on a intégré le Brainspotting, l’approche développée par David Grand dans laquelle je me forme actuellement comme consultante. Contrairement aux approches où il faut raconter et revivre son histoire, le Brainspotting utilise un point précis dans le champ visuel pour accéder à des mémoires profondes, sous le niveau de la parole. On fait parfois des séances longues, comme avec Yoleen ou avec un garçon de 12 ans que j’ai accompagné récemment et qui restait présent du début à la fin sans jamais s’ennuyer.
Pendant une séance de Brainspotting, il y a de la vie dans les tissus : Yoleen pouvait sentir une légère nausée ou quelques mouvements dans les jambes, suivis d’une fatigue oculaire et d’un grand besoin de repos. Mais elle ne retombait jamais au fond du trou. Ce travail a permis de désactiver de fausses croyances qu’elle s’imposait sans le savoir, et qui déclenchaient ses crises de manière cyclique à l’approche des congés ou de certaines dates.
Je l’ai vécu pour moi aussi. Combiné aux constellations familiales, le Brainspotting a levé mon plus gros blocage de procrastination : ma terreur d’écrire et de parler en français alors que ce n’est pas ma langue maternelle. Avant, chaque faute d’orthographe ou de construction me paralysait. Aujourd’hui, mon système nerveux sait que les femmes qui me lisent ne viennent pas chercher la dictée de Pivot, et j’abats le travail de dix personnes sans me battre contre moi-même.
Tes bilans médicaux sont normaux, tu as déjà beaucoup parlé en thérapie, mais les vertiges, les nausées ou les jambes en coton reviennent quand même. J’accompagne en individuel et en visio pour aider le corps à couper la double vague de panique et à décharger pour de bon. On prend 30 minutes gratuites pour en parler ici ?
Couper la vague avant l’adrénaline : l’exercice de Yoleen
On ne règle pas vingt ans de surcharge en trois jours. Les réactions de Yoleen reviennent encore à certaines périodes de l’année, mais à une tout autre échelle. Elles ne l’empêchent plus de se lever le matin, ni de conduire, ni de travailler.
Surtout, son corps a intégré le cheminement tout seul : quand elle vit un pic de stress, dès que la pression redescend, elle se met à trembler naturellement pendant quelques instants. Elle laisse faire. Elle sait que son organisme est en train de nettoyer la montée de tension au lieu de l’enfermer à l’intérieur.
Quand tu sens une réaction corporelle étrange monter, voici comment appliquer son réflexe en deux temps.
Version complète (2 à 4 minutes, à la maison ou au calme)
Repérer le premier signal sans commenter : dès que le vertige, la faiblesse ou la nausée pointe le bout de son nez, note mentalement : Tiens, mon corps envoie un signal. Coupe tout de suite le scénario catastrophe avant qu’il ne lance la décharge d’adrénaline.
Vérifier le souffle : observe comment tu respires à cette seconde précise. La plupart du temps, sans t’en rendre compte, tu es passée en apnée ou en respiration très haute et courte.
Relancer l’expiration : laisse l’air sortir doucement par la bouche, un peu plus longtemps que l’inspiration, sans forcer la cage thoracique.
Nommer la sécurité acquise : rappelle à ton système nerveux un fait concret : J’ai déjà traversé cette sensation. Elle est désagréable, mais je ne suis pas en danger immédiat.
Laisser le corps ajuster son tonus : si tes jambes veulent trembler légèrement ou si un bâillement arrive quand la tension baisse, laisse ce mouvement se faire sans le bloquer.
Version micro-moment (30 secondes au bureau)
Si la sensation te prend au milieu d’une journée de travail, pose tes deux pieds à plat sous le bureau et lâche ton écran des yeux pendant trente secondes. Vérifie ta respiration. Relance trois expirations lentes en sentant le poids de tes cuisses sur la chaise. Souvent, ce simple retour au souffle suffit à faire redescendre la vague aussi vite qu’elle est montée, et tu peux reprendre ta tâche sans perdre ta concentration.
Note sécurité : si le fait de porter ton attention sur ta respiration ou sur tes sensations intérieures augmente l’angoisse ou le vertige, arrête immédiatement l’exercice. Ouvre grands les yeux, regarde autour de toi et nomme trois objets neutres dans la pièce (la poignée de la porte, une tasse, le cadre de la fenêtre) pour ramener ton système nerveux vers l’extérieur. Et bien sûr, face à tout nouveau symptôme physique, commence toujours par un avis médical pour écarter une cause organique.
Ta mission cette semaine
Cette semaine, choisis une seule journée où, dès que tu sens une tension ou une fatigue bizarre monter, tu vérifies si tu n’es pas en train de bloquer ta respiration. Sans te juger. Juste observer si le souffle est court, et lui redonner un peu de place.
Si le témoignage de Yoleen résonne avec ce que ton corps traverse en ce moment, dis-le-moi en commentaire. Lire que d’autres femmes vivent les mêmes sensations fait déjà baisser la solitude d’un cran.
Raquel
P.S. Quand ton corps tremble ou te donne le tournis alors que tous tes bilans sont bons, il n’est pas cassé : il cherche une porte de sortie pour tout ce qu’il a retenu trop longtemps. Si tu veux qu’on regarde ensemble comment l’aider à décharger en sécurité (en visio, sur une demi-journée intensive ou sur 2 à 3 mois), réserve tes 30 minutes offertes sur On se parle.
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