Dans ce live, j’ai reçu Romain Bour. Depuis plus de deux ans, il accompagne des experts, des consultants et des dirigeants sur LinkedIn, de l’optimisation du profil jusqu’à la création de contenu, et il en a déjà accompagné plus de 90. Nous avons parlé de la procrastination liée à la prise de parole en ligne : pourquoi on repousse le moment de publier, ce qui se passe dans le corps quand un post ne fonctionne pas, comment l’IA peut aider à démarrer, et pourquoi les publications qui récoltent le moins de réactions sont parfois les plus lues.
Ce n’est pas toujours une question de stratégie
Prendre la parole quand tout pousse à se cacher, c’est un problème que j’ai eu et que j’ai encore parfois. Quand on repousse le moment de publier, on se dit souvent qu’il nous manque une stratégie. Mais très souvent, c’est une question de confiance, de peur de l’exposition, de peur du jugement, de peur que personne ne fasse attention ou que ça ne donne aucun résultat. Et le corps réagit à tout ça bien avant qu’on ait le temps d’y réfléchir.
Pour moi, LinkedIn a longtemps été le réseau qui faisait peur. J’y ai publié de temps en temps pendant des années, et il ne se passait rien. J’avais peur de dire des conneries, de ne pas savoir m’exprimer, et de mon accent, à l’oral comme à l’écrit, puisque le français n’est pas ma langue maternelle. Puis Romain m’a accompagnée, et aujourd’hui j’adore LinkedIn. C’est même grâce à quelqu’un rencontré là-bas que je suis arrivée sur Substack.
Romain le dit sans détour : au début, appuyer sur le bouton Publier, c’est compliqué. Pourtant, ce n’est qu’un bouton.
De mon côté, j’ai fini par me lancer après quelques séances de Brainspotting. Dans cette méthode, le fait de fixer un point précis du regard agit sur le corps, et elle peut aider à travailler la procrastination assez vite. Ma peur de parler a beaucoup diminué depuis, et le perfectionnisme qui me bloquait aussi. Aujourd’hui, je me trompe, je bloque, j’oublie un mot en plein live, et ça va. Certains lives se passent mal. Tant pis. Il y a quelques années, je n’en aurais pas dormi de la nuit.
Ce que Romain observe chez les experts qui repoussent
Chez 80 à 90 % des personnes qu’il accompagne, Romain voit le même schéma : la peur prend le dessus et on reste dans l’inaction. La volonté tient un moment, puis elle lâche. Dans la tête, les projections s’enchaînent : ce que les gens vont penser, le jugement, la peur de dire n’importe quoi.
Ce discours intérieur est difficile à apaiser seule, sans outils et sans quelqu’un à côté de soi. Pour certaines personnes, ça prend plus de temps. Romain leur demande souvent ce qui pourrait arriver de si grave si elles appuyaient sur ce satané bouton. Ensuite, il cherche avec chacune une porte d’entrée qui lui correspond.
Quand un post ne marche pas
Les chiffres jouent beaucoup sur la confiance. Un post avec peu d’impressions donne vite l’impression d’avoir échoué. On se compare à sa voisine ou à une concurrente, et on finit par se dire que sa parole n’a pas de valeur.
Pour Romain, c’est faux. L’algorithme est capricieux, et on ne le contrôle pas. Lui-même avait publié le matin du live sans avoir la moindre idée de la manière dont ce serait reçu. Un post à zéro like reste une information sur le sujet, l’accroche ou l’angle. Tout devient un apprentissage, et ce n’est pas grave.
Ce que ça fait dans le corps
Comprendre que ce n’est pas grave, c’est une chose. Le sentir dans le corps en est une autre. Alors je lui ai demandé ce qu’il ressent quand un post reste sous les 500 impressions.
Il a répondu sans hésiter. Il a envie de se cacher, de s’enterrer, et il ressent de la gêne, même aujourd’hui, alors qu’il donne lui-même des conseils sur le sujet. Ce qui a changé, c’est la durée. Au début, il traversait presque une petite déprime à chaque fois (il le dit lui-même de façon un peu schématique). Aujourd’hui, c’est une micro-pensée qu’il balaie, et le plaisir qu’il prend à écrire l’aide beaucoup.
Au moins une fois par semaine, il relit encore un post programmé en se disant que c’est peut-être trop violent et qu’on va le juger. Puis une autre pensée arrive : fais-toi confiance.
Je trouve ça normal. Quand ton activité professionnelle dépend de ce que tu publies, ressentir du stress fait partie du jeu. Ce qui mérite de l’attention, c’est le temps que la contraction met à se relâcher. Quand elle dure des jours, ton corps porte peut-être une protection plus ancienne qu’un simple post raté.
Une pratique de 2 minutes avant de publier
C’est la pratique avec laquelle j’ai ouvert le live.
Installe-toi sur ta chaise, les yeux fermés ou ouverts, comme tu préfères.
Sens les appuis de ton corps sur la chaise : le dos, les fesses, les cuisses.
Sens tes pieds au sol, leur poids, la température du sol, peut-être tes chaussettes.
Remarque ce qui change dans ta respiration, sans chercher à la modifier.
Ensuite seulement, relis ton post.
Version micro-moment, 30 secondes : pose les deux pieds bien à plat et appuie-les légèrement dans le sol pendant trois respirations, juste avant de cliquer.
Si l’intensité monte (cœur qui s’emballe, vertige, envie de fuir), arrête-toi. Ouvre les yeux, regarde la pièce et nomme trois objets que tu vois. Tu peux remettre la publication à plus tard, ce n’est pas un échec.
L’IA, un bout de ficelle pour commencer
Pour Romain, l’IA a un côté pratique : elle permet de cocher la case et de prendre une distance émotionnelle avec ce qu’on publie, en étant moins attachée au résultat. Quand c’est très difficile, ça peut être une façon de démarrer. À long terme, en revanche, on perd sa touche personnelle et le plaisir d’écrire. Son conseil, c’est de tirer n’importe quel bout de la ficelle, du moment que ça fait avancer, que ce soit l’IA ou un stylo et un carnet.
Moi, je suis sur Substack grâce à l’IA. Le français n’est pas ma langue maternelle, j’ai aussi un accent à l’écrit, et j’aime corriger ce qui restera en ligne pour toujours. Aujourd’hui, j’ai une quantité abominable de contenus prêts, et mon problème est plutôt de ne pas tout sortir trop vite. Je m’amuse, j’ai du contact avec les lectrices, et je prépare des ateliers pour les membres.
Romain apporte une nuance que je trouve juste. Dans sa façon de travailler, environ 80 % du contenu montre l’expertise et 20 % l’humanise. Si on délègue ces 20 % à l’IA par copier-coller, il a des doutes. Mais il conseille aussi de ne pas s’imposer trop de règles.
Parler de ses clientes sans les exposer
Au début, je changeais les prénoms dans les cas clients. Puis j’ai arrêté, parce qu’une personne portant le même prénom aurait pu croire qu’il s’agissait d’elle. Aujourd’hui, j’écris « une cliente » ou « une femme ». C’est moins personnel, et je ne veux pas aller plus loin que ça. Romain rappelle qu’il existe beaucoup de façons d’humaniser un contenu, et celle-là en est une.
Le premier pas quand tu repousses depuis des mois
Mis à part le Brainspotting, Romain conseille d’abord de trouver une tribu : des personnes dans la même situation, ou qui ont quelques semaines ou quelques mois d’avance. Il ne parle pas des groupes d’engagement où chacun commente les posts des autres par obligation.
Son deuxième conseil, c’est d’écrire ses idées en dehors de LinkedIn, dans un bloc-notes ou dans les notes de son téléphone, pour s’habituer à écrire. Écrire et appuyer sur Publier, ça reste une compétence, et une compétence s’apprend.
Dounia a partagé en commentaire qu’après un post décevant, elle doit prendre une grande respiration avant d’écrire le suivant. Avec le temps, elle prend du recul. Les techniques de Romain ont fait rire tout le monde : sortir, couper LinkedIn, et parfois insulter l’algorithme.
Pour moi, le live est le format le plus facile. Je parle spontanément, sans préparation, et c’est mon moyen d’expression préféré. Romain a commencé les lives en juillet, et ses premiers lui ont paru aussi compliqués que ses premiers posts.
Les posts sans réaction
Romain parle des lecteurs « en mode Casper ». Ils te lisent, ils regardent ton profil, mais ils ne réagissent pas. Un dirigeant, par exemple, commente rarement. C’est un combat contre l’ego, et il conseille de faire confiance à l’invisible.
Je le constate aussi. Mes posts qui ont le moins de réactions sont souvent les plus utiles, parce qu’ils parlent de sujets délicats comme la neurodivergence ou le trauma. Mettre un like à ce genre de post, c’est déjà s’exposer. Alors les gens m’en parlent en vrai. Deux clientes m’ont suivie pendant des années, depuis Facebook, sans jamais réagir une seule fois.
Romain raconte l’histoire d’une cliente qui travaille dans le bâtiment. Elle reçoit entre 0 et 5 likes par post. En messages privés, en revanche, elle signe des partenariats avec des architectes, des maîtres d’œuvre, des agents immobiliers et des peintres. Elle contacte les gens directement et crée du lien. Dounia a ajouté que des collègues lisent ses newsletters sans jamais réagir.
Il n’y a pas de règle.
Ta mission cette semaine
Chaque jour, écris une idée dans les notes de ton téléphone, sans la publier. Une fois dans la semaine, imagine que tu appuies sur Publier, et observe combien de temps ton corps reste contracté. Note seulement la durée. C’est elle qui te renseigne, pas le nombre de likes.
Ça te parle ? Dis-moi en commentaire.
Si la peur de prendre la parole te bloque depuis longtemps, le Brainspotting en groupe peut être une porte d’entrée. Envoie-moi un message.
À très vite,
Raquel
PS : Tu peux retrouver Romain Bour sur LinkedIn et ici sur Substack. Il écrit tous les jours, sauf les jours où il n’arrive pas à appuyer sur Publier, et ça lui arrive encore après deux ans.










