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Ton intérieur peut fatiguer ton système nerveux

Bruit, lumière, volumes et textures peuvent modifier la manière dont ton corps se sent.

Ton espace peut soutenir ton système nerveux

Quand tu entres dans un lieu, tu ne remarques pas uniquement sa décoration.

Ton corps reçoit beaucoup d’autres informations, souvent avant même que tu aies eu le temps de te demander si tu aimes l’endroit ou non. Il perçoit la lumière, la température, les bruits, les volumes, les matières, la circulation, ce qui se trouve derrière ton dos et la manière dont les différents espaces sont organisés.

Et tout cela peut soutenir ton système nerveux.

Ou lui demander un effort supplémentaire.

C’est ce dont j’ai parlé avec Pascale Daniel, architecte d’intérieur spécialisée en neuroarchitecture.

La neuroarchitecture applique certaines connaissances des neurosciences à l’architecture. Elle cherche à comprendre comment les êtres humains réagissent, sur le plan physiologique, aux environnements bâtis.

Ce n’est pas une méthode qui dit qu’un type d’espace convient à tout le monde. Pascale l’a précisé pendant le live : il existe des principes communs, mais nous avons aussi des besoins différents en matière de stimulation sensorielle.

Et c’est là que ça devient intéressant.

Ton corps ressent un lieu avant de l’analyser

Quand tu entres dans un espace, ton corps ne se contente pas de regarder si les couleurs vont bien ensemble.

Il capte aussi les volumes, la lumière, la température, la façon dont le son circule et la manière dont tu peux te déplacer dans la pièce. Il observe où tu peux t’asseoir, ce qui se trouve derrière toi et si tu comprends facilement la fonction de chaque zone.

Pascale parlait des huit sens, et pas uniquement des cinq sens dont on parle habituellement.

Il y a aussi le système vestibulaire, qui concerne l’équilibre, la proprioception, qui te permet de sentir ton corps dans l’espace, et l’interoception, qui concerne ce que tu ressens à l’intérieur de ton corps, comme la faim, la soif, le chaud ou le froid.

Tous ces systèmes transmettent des informations à ton cerveau.

Tu n’en as pas forcément conscience, mais ton corps les traite quand même.

C’est pour cela que tu peux entrer dans une pièce et te sentir mal à l’aise sans savoir immédiatement pourquoi. Il n’y a pas forcément un élément spectaculaire. Il y a parfois une accumulation de petits signaux qui demandent à ton système nerveux de rester attentif.

Comment l’environnement agit-il sur le système nerveux ?
Le bruit, la lumière, les volumes, les textures et la circulation dans un lieu transmettent des informations sensorielles au corps. Selon leur intensité et les besoins de chaque personne, ils peuvent soutenir l’apaisement ou augmenter la vigilance.

Le principe de la perspective et du refuge

Un des éléments abordés pendant le live est la notion de perspective et de refuge.

Nous avons souvent besoin d’être protégées à l’arrière tout en pouvant voir ce qui se passe devant nous. Cela donne au corps une sensation de contrôle et permet au cerveau de mieux anticiper ce qui pourrait arriver.

C’est assez facile à observer dans un restaurant.

Certaines personnes n’aiment pas s’asseoir dos à la porte. Elles préfèrent avoir un mur derrière elles et voir l’entrée de la pièce. Elles ne savent pas toujours l’expliquer, mais elles se sentent mieux ainsi.

Si des personnes passent constamment derrière toi pendant que tu travailles, ton corps peut rester attentif à leurs mouvements. Tu ne te dis pas forcément que tu es en hypervigilance. Tu remarques seulement que tu n’arrives pas à te concentrer, que tu te retournes souvent ou que tu te sens tendue à la fin de la journée.

Le corps se demande ce qui peut arriver derrière lui.

Un mur, une bibliothèque, un fauteuil placé dans un angle ou une séparation légère peuvent parfois suffire à créer une sensation de refuge.

Pas besoin de transformer ton salon en bunker.

Un espace peut augmenter la vigilance sans que tu le remarques

Certains lieux nous mettent en tension sans que nous fassions immédiatement le lien entre l’espace et notre état intérieur.

Un espace avec beaucoup de passages derrière toi. Une lumière trop forte. Une pièce où le son rebondit partout. Un plafond très haut dans une petite pièce. Une grande pièce ouverte dont tu ne comprends pas très bien les usages.

Ton système nerveux doit traiter tout cela.

Si cette configuration se répète chaque jour, la tension peut finir par s’ancrer dans ton fonctionnement habituel. Tu peux alors croire que tu es stressée à cause de ton travail, de ta famille ou de ta charge mentale, alors que ton environnement ajoute lui aussi une stimulation constante.

Cela ne veut pas dire que ton intérieur est responsable de tout.

Mais il peut augmenter ou diminuer l’effort demandé à ton corps.

Un espace rangé n’est pas forcément un espace apaisant

Pendant le live, une question est revenue sur la beauté et l’ordre.

Un espace n’a pas besoin d’être parfaitement rangé ou parfaitement décoré pour donner une sensation de sécurité. L’esthétique peut contribuer au bien-être, parce qu’un lieu qui te plaît peut nourrir la satisfaction d’habiter quelque part qui te correspond.

Mais le joli ne suffit pas.

Le désordre a aussi un coût cognitif, parce que ton cerveau reçoit davantage d’informations à traiter. Chaque objet visible peut devenir un rappel, une tâche potentielle ou une sollicitation supplémentaire.

  • Une pile de papiers.

  • Des vêtements sur une chaise.

  • Des objets qui n’ont pas de place.

  • Un meuble à monter.

  • Une surface couverte de choses que tu dois trier.

Tout cela ne représente pas forcément un danger, mais cela demande du travail à ton cerveau.

Et lorsque tu es déjà fatiguée, cette charge invisible peut peser lourd.

Pour autant, l’objectif n’est pas de culpabiliser les personnes qui vivent dans un espace désordonné. Il existe aussi des profils qui ont besoin de davantage de stimulation visuelle, de reliefs ou de contrastes.

Certaines personnes se sentent bien dans un intérieur très épuré.

D’autres ont besoin de couleurs, de matières et d’objets qui racontent quelque chose.

Le bon niveau de stimulation dépend de chaque personne.

Trop vide peut aussi devenir inconfortable

On pourrait croire qu’un intérieur très minimaliste apaise toujours le système nerveux.

Pas nécessairement.

Un espace complètement blanc, sans texture, sans couleur et sans variation peut devenir un environnement appauvri pour les sens. Or, nous avons évolué dans des environnements naturels qui contiennent du mouvement, du relief, des sons et des changements de lumière.

La nature n’est jamais parfaitement immobile.

Il y a le vent dans les arbres, les oiseaux, les ombres, le bois, les pierres, les plantes, les changements de température.

Ces éléments peuvent contribuer à une forme d’apaisement, parce qu’ils offrent une stimulation douce et prévisible.

Dans ma propre maison, j’ai remarqué une différence importante après un déménagement. Nous sommes maintenant entourés d’arbres et nous entendons davantage les sons de la nature, le vent dans les feuilles et les oiseaux.

Ce n’est pas spectaculaire.

Mais cela change quelque chose dans la manière dont le corps se sent au quotidien.

Dans notre ancienne maison, il y avait une mezzanine et beaucoup d’espace au-dessus du salon. Nous y passions peu de temps, parce que nous ne nous sentions pas particulièrement à l’aise dans ce volume.

Nous finissions souvent dans la cuisine, où le plafond était plus bas et l’espace plus contenu.

Je ne l’avais pas analysé comme ça à l’époque. Je savais seulement où nous avions envie d’être.

Les sons peuvent épuiser sans être forts

Pascale a aussi expliqué la différence entre la réverbération et l’isolation phonique.

La réverbération, c’est la manière dont le son rebondit dans une pièce. Les paroles se répercutent sur les murs, le sol et le plafond. Plus le son continue à rebondir, plus il peut devenir fatigant.

Cela arrive souvent dans les pièces avec peu de textiles et beaucoup de surfaces dures.

Des rideaux, des tapis, des fauteuils en tissu, des bibliothèques ou des panneaux acoustiques peuvent aider à absorber une partie de ces sons.

L’isolation phonique concerne plutôt les bruits qui viennent de l’extérieur ou d’une autre pièce. Les solutions ne sont pas les mêmes, puisqu’il s’agit alors de créer une barrière entre le lieu où tu te trouves et la source du bruit.

Cette distinction peut être utile si tu sais que le son t’épuise, mais que tu ne comprends pas exactement d’où vient le problème.

Ce n’est peut-être pas le volume. C’est peut-être la résonance.

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La lumière a aussi un rythme

La lumière joue un rôle différent selon le moment de la journée.

En journée, nous avons besoin d’une lumière suffisamment présente pour soutenir l’éveil et l’attention. Le soir, une lumière plus chaude et plus douce peut aider le corps à entrer progressivement dans une période de repos.

Dans une chambre, il peut être utile de réduire les stimulations visuelles et de limiter les lumières fortes avant de dormir. Un espace plus ordonné, avec moins de contrastes et peu de lumière directe, donne au cerveau une information cohérente : la journée se termine.

Mais certaines personnes sont très sensibles à la lumière naturelle, surtout lorsqu’elle entre par de grandes baies vitrées sans rideaux ni stores.

Là encore, la possibilité de moduler la lumière est essentielle.

Tu n’as pas besoin d’une pièce toujours claire ou toujours sombre.

Tu as besoin de pouvoir l’adapter à ton état et au moment de la journée.

Les lieux publics oublient souvent le besoin de refuge

Les lieux publics peuvent être très difficiles à vivre lorsque tu es hypersensible ou neurodivergente.

Le bruit, la densité de personnes, les conversations, les mouvements, les odeurs, les lumières et l’absence d’endroit où t’isoler peuvent rapidement te surcharger.

Certaines personnes ont besoin de s’éloigner quelques minutes pour récupérer, mais les lieux publics prévoient rarement des espaces de refuge.

Cela pourrait pourtant être un aménagement très simple : un coin moins exposé, une zone où le son est réduit, un endroit où la lumière est plus douce ou une assise qui permet de ne pas être au milieu du passage.

Pascale parlait d’« abris dans l’abri ».

L’idée me plaît beaucoup.

Un lieu peut rester ouvert tout en offrant des endroits plus protégés pour celles qui ont besoin de réduire la stimulation.

Ton lieu de vie doit pouvoir s’adapter à toi

Nous avons beaucoup d’injonctions autour de la décoration et de l’aménagement intérieur.

Il faudrait avoir un espace minimaliste. Ou chaleureux. Ou lumineux. Ou parfaitement rangé. Il faudrait suivre telle tendance, choisir telle matière, utiliser telle couleur.

Mais ton intérieur ne doit pas répondre à une règle universelle.

Il doit répondre à ton corps.

Tu peux aimer les murs blancs et avoir besoin de rideaux épais. Tu peux aimer les objets et avoir besoin d’une surface dégagée pour travailler. Tu peux avoir besoin de lumière pendant la journée et de pénombre le soir. Tu peux aimer les grands espaces mais te sentir mieux dans une pièce plus contenue.

La première étape consiste à observer tes réactions au lieu de les juger.

Quand l’espace est partagé

Mais il y a une difficulté dont on parle moins : ton espace de vie ne dépend pas toujours de toi seule.

Une lectrice, Nathalie Tortosa · Correctrice, m’a écrit après le live. Elle connaît très bien ses besoins en matière d’espace, de volume, de lumière et de circulation. Elle a aussi beaucoup réfléchi à la manière dont son environnement agit sur son corps.

Mais elle partage sa vie avec quelqu’un qui n’a pas les mêmes besoins.

Je pense savoir ce dont j’ai besoin en termes d’espace, de volume, de lumière, de circulation, etc. Le problème, c’est que je partage ma vie avec quelqu’un qui n’a pas du tout ces mêmes besoins.

Donc, c’est très compliqué pour moi. Je sens en permanence un arrière-plan de fatigue chronique, parfois même d’épuisement, dû à un désordre permanent et à une accumulation de choses qui me dérangent profondément.

Je n’arrive pas à me faire comprendre, je n’arrive apparemment pas à exprimer suffisamment clairement l’impact que cela produit sur moi et l’importance de ce sujet.

La bonne nouvelle, c’est que j’arrive à préserver ça au moins dans mon bureau à la maison.

Ce message me semble important parce qu’il montre que connaître ses besoins ne suffit pas toujours à pouvoir les respecter.

Quand on partage son logement, il faut composer avec les habitudes, les préférences et les seuils sensoriels des autres. Le désordre qui semble anodin pour une personne peut devenir une source de fatigue constante pour une autre. Une pièce que l’une trouve chaleureuse peut sembler saturée ou difficile à habiter pour celle qui y passe ses journées.

Il ne s’agit pas de décider qui a raison.

Il s’agit de reconnaître que les mêmes objets, la même lumière, le même niveau de bruit ou le même degré de rangement ne produisent pas le même effet sur tous les corps.

Et parfois, préserver une seule pièce, comme un bureau, une chambre ou un coin où tu peux fermer la porte, devient déjà une manière importante de récupérer.

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Une pratique pour écouter ton environnement

Choisis une pièce de ton logement et installe-toi quelques minutes.

Tu peux garder les yeux ouverts. Observe ce qui se passe dans ton corps lorsque tu regardes autour de toi.

Commence par la lumière. Est-elle douce, forte, directe, changeante ?

Puis observe le son. Entends-tu un bruit continu, des bruits intermittents, une réverbération ou des sons qui viennent d’une autre pièce ?

Regarde les volumes, les textures et les objets visibles. Observe aussi ce qui se trouve derrière ton dos et si tu peux facilement comprendre l’usage de l’espace.

Tu peux noter :

  • ce qui soutient ton corps ;

  • ce qui lui demande un effort ;

  • ce qui attire ton attention ;

  • l’endroit où tu te sens le mieux.

Pas besoin d’écrire un texte complet.

Deux ou trois mots suffisent.

lumière trop forte, bruit qui résonne, fauteuil rassurant.

Ou :

dos exposé, trop d’objets, fenêtre agréable.

Ensuite, choisis un seul détail à modifier.

Déplace ta chaise. Ferme un rideau. Ajoute un tapis. Dégage une petite surface. Installe-toi dos au mur. Crée un endroit où tu peux t’isoler pendant quelques minutes.

Tu n’as pas besoin de refaire toute ta maison.

Un détail par semaine, c’est déjà une manière de commencer à écouter ce que ton corps sait.

Ta maison n’est pas censée être parfaite.

Elle peut devenir un allié.

Ça te parle ? Dis-moi quel élément de ton environnement soutient le plus ton système nerveux, et lequel lui demande le plus d’efforts.

Je lis chaque réponse.

Si tu veux parler de surcharge sensorielle, de système nerveux ou d’adaptations possibles dans ton quotidien, tu peux m’envoyer un message.

À très vite,

Raquel

PS : Merci à Pascale Daniel pour cette conversation sur la neuroarchitecture. Tu peux retrouver son travail sur parisaumoisdaout.com, sur LinkedIn et sur Instagram avec le nom parisaumoisdaout.

Merci aussi à Dan Oktavson, Dounia Bouhafs, Christiane MASSERON et toutes les autres personnes présentes pour vos questions, commentaires et soutien.

Pascale et moi avons prévu de poursuivre cette conversation avec une série de lives autour de la neuroarchitecture, de la sensibilité sensorielle et de la manière dont nos espaces influencent notre corps. Nous sommes ouvertes à tes questions, alors tu peux les laisser en commentaire ou nous envoyer un message. Elles pourront nourrir les prochains lives.

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Commentaires

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Tout à fait prêt. Qu'avez-vous pour moi ?