C’est psychosomatique.
Tu as entendu ça. Et tu es rentrée chez toi sans plus d’explication.
Pas de mécanisme. Pas de point de départ. Juste ce mot, et une porte qui se ferme.
Le problème n’est pas que c’est faux. Le problème, c’est que personne n’a expliqué ce que ça veut vraiment dire.
La douleur psychosomatique est-elle réelle ou imaginaire ? Elle est réelle. “Psychosomatique” signifie que le mental (psycho) crée une réaction mesurable dans le corps (soma). Ce n’est pas une invention. C’est un mécanisme physiologique impliquant le système nerveux autonome et le nerf vague.
Ce que “psychosomatique” signifie vraiment
Psycho : ce qui vient du mental, des émotions, du système nerveux. Soma : le corps.
Psychosomatique veut dire que quelque chose qui se passe dans la tête ou dans le système nerveux produit une réaction physique réelle dans le corps.
Pas imaginaire. Pas inventé. Réel.
Ce que ça implique, c’est que la douleur a une origine. Que l’origine n’est pas dans les tissus, mais dans les circuits nerveux qui régulent les tissus.
Et ça, c’est traitable.
Même en psychiatrie, on évalue la douleur physique en premier
J’ai invité Dounia Bouhafs en live. Elle a travaillé trois ans comme responsable qualité et gestion des risques dans des établissements de santé mentale.
Ce qu’elle m’a appris : en France, dès l’admission d’un patient en psychiatrie, le protocole oblige à évaluer la douleur physique sur une échelle de 0 à 10. Si elle dépasse 4, une thérapie médicamenteuse est mise en place et la douleur est réévaluée régulièrement.
Pourquoi évaluer la douleur physique dans un établissement de santé mentale ?
Parce que les deux sont liées. Parce qu’une douleur psychique très intense peut masquer une douleur physique. Et parce qu’une douleur physique peut masquer une douleur psychique.
Elles ne se séparent pas.
Le nerf vague : le pont entre le cerveau et les organes
Voici le mécanisme concret que personne n’explique.
Le nerf vague est le plus long nerf du corps. Il part du cerveau, passe par le cœur et les poumons, et descend jusqu’aux organes internes, directement.
Il a deux fonctions principales.
Quand tout va bien, il active le système parasympathique : repos, digestion, reproduction. Le corps se régule, se répare, fonctionne.
Quand une menace est perçue, il fait le contraire. Il arrête ce dont on n’a pas besoin pour survivre : digestion, immunité, reproduction. Le corps se prépare à combattre ou à fuir. Cœur qui s’accélère, respiration qui monte, énergie concentrée dans les muscles.
Ce shutdown des organes internes est prévu pour durer quelques minutes. Pas des semaines. Pas des années.
Ce qui se passe quand la réponse au stress reste incomplète
En situation de danger physique réel, le cycle se termine. L’animal fuit. Il combat. Il tremble. Le stress se décharge.
Dans notre vie moderne, la menace n’est souvent pas physique. Et elle ne se résout pas par un mouvement intense.
L’email qui attend. La réunion tendue. La relation épuisante. Le quotidien surchargé.
Le système nerveux déclenche la réponse de stress. Mais le mouvement intense n’a pas lieu.
Quand cette réponse reste incomplète, quand le corps se prépare à agir et n’agit pas, la tension se stocke. Pas seulement dans les muscles. Dans les organes internes que le nerf vague a mis en veille.
C’est là que se forment les douleurs chroniques inexpliquées.
Quand le stress devient maladie auto-immune
Le corps humain est fait pour gérer des stress ponctuels, pas un état d’alerte permanent.
Quand le système immunitaire reste activé en permanence, ou qu’il ne peut plus distinguer une menace réelle d’un état de stress chronique, des réactions se déclenchent contre les propres tissus du corps.
Julie, ergothérapeute québécoise et neurodivergente présente dans le live, a listé des conditions souvent liées au stress chronique ou au traumatisme : endométriose, eczéma, psoriasis, rosacée, lupus, fibromyalgie, intolérances alimentaires, sclérose en plaques.
Dans ma pratique, j’ai eu une cliente avec une sclérose en plaques qui a progressé pendant le Covid, en plein pic de stress. Après notre travail ensemble et la sortie du Covid, elle a régressé.
Ce n’est pas une promesse. C’est ce qu’on a observé, sur son corps, dans ses conditions.
Le diaphragme : le muscle qu’on oublie
Une chose que j’observe souvent, et que je veux nommer ici.
Le diaphragme est un muscle. Il est responsable de la respiration. Il travaille en permanence, sans jamais s’arrêter.
Et c’est l’un des endroits où on accumule le plus de tension.
Parce qu’il est proche des organes internes. Parce qu’on ne l’étire pas facilement. Parce que quand on est en stress, la respiration monte dans la poitrine et le diaphragme se contracte sans se relâcher complètement.
Quand Christiane, présente dans le live, a parlé de douleur dans l’abdomen, j’ai immédiatement pensé à ça. Et au plexus solaire, qui est juste là, qui concentre les tensions nerveuses.
La porte d’entrée et la porte de sortie
Pour Dounia, la porte d’entrée quand on souffre, c’est les professionnels de santé : psychologues, CMP, médecin généraliste. Ne pas rester seule avec ça.
Pour moi, thérapeute somatique, la porte d’entrée et la porte de sortie, c’est le corps.
Pas parce qu’on peut tout régler seule. Mais parce que comprendre, souvent, ne suffit pas. On peut comprendre ce qui se passe et continuer à souffrir. Le changement arrive quand quelque chose se décharge réellement dans le corps, pas seulement dans la tête.
Les deux approches ne s’opposent pas. Elles se complètent.
Ta mission cette semaine
Une seule chose.
La prochaine fois que tu ressens une douleur physique sans explication apparente, pose-toi une question : qu’est-ce qui se passe dans ma vie en ce moment qui pourrait garder mon système nerveux en état d’alerte ?
Pas pour remplacer un examen médical. Pour ouvrir un regard.
Les deux newsletters de Dounia Bouhafs sur la douleur psychique et les ressources en santé mentale sont disponibles sur son Substack. Elle est aussi sur LinkedIn.
Pour travailler sur la régulation du système nerveux par le corps : le cercle premium propose des séances TRE et Brainspotting en groupe une fois par mois.
Si tu t’es déjà entendu dire “c’est psychosomatique” sans explication, dis-moi en commentaire comment tu l’as vécu. Dounia Bouhafs lit aussi.
Si tu as des questions plus personnelles, tu peux aussi m’envoyer un message.











