Je sais que j’ai parfois l’air un peu illuminée quand je parle de ça. Tant pis. Je vais le raconter quand même, parce que c’est vrai.
J’ai arrêté de procrastiner en fixant un point sur un mur.
Pas d’un coup, pas par magie, et je vais expliquer tout ça. Mais si je remonte à l’origine du changement, il est là. Dans une séance, un point quelque part sur ma droite, et vingt minutes qui ont déplacé quelque chose que des années de travail n’avaient pas atteint.
Avant
Je suis hyperactive. Pas exactement un trouble de l’attention, mais des phases où l’attention se dérobe, où je n’arrive plus à me poser sur rien. Et une procrastination tenace, ce genre de report qui n’a rien à voir avec la paresse et tout à voir avec un système nerveux qui tourne en fond.
Cette sensation de tout gérer en arrière-plan, en permanence. Tu la connais peut-être.
J’avais déjà beaucoup travaillé sur moi. Le TRE m’avait apporté une paix intérieure que je ne connaissais pas. Le Somatic Experiencing m’avait donné une sécurité interne, cette impression que le corps pouvait enfin être un endroit à peu près vivable. Ça allait vraiment mieux.
Et puis j’ai découvert le Brainspotting. Et c’était un autre niveau.
Le jour du point
On travaillait sur un setup particulier (, une configuration précise pour un certain type de traitement. Mon thérapeute a trouvé un point dans mon champ visuel. Je me souviens très bien de ce point, parce que le regarder n’avait rien de confortable. Les sensations étaient difficiles.
Je l’ai fixé pendant vingt minutes. Peut-être plus.
Et là, beaucoup de choses sont remontées. J’ai pleuré. Beaucoup. Toutes les larmes de mon corps, littéralement. Je regardais ce point qui était là, sur ma droite, et je laissais faire pendant très longtemps.
Je ne pourrais pas te dire précisément ce qui s’est traité ce jour-là. C’est justement ça, le Brainspotting. Ce n’est pas à comprendre avec la tête. Le cerveau fait son travail pendant que les yeux tiennent la porte ouverte.
Ce que je peux te dire, c’est ce qui s’est passé après.
Après
Ma concentration a complètement changé. Elle n’a jamais été aussi stable, je crois, depuis très longtemps. J’ai retrouvé une forme de stabilité que je ne me connaissais pas. Je me sens plus créative, plus productive aussi.
Je le dis parfois comme ça, même si ce n’est pas très élégant à formuler : je suis devenue une espèce de machine. Je reste concentrée, je ne procrastine plus vraiment, je n’oublie plus les choses, je suis beaucoup plus structurée.
Bon. Il faut que je pose deux nuances, sinon je ne serais pas honnête.
La première : ce n’est pas arrivé d’un seul coup. La séance a été une bascule, mais le reste s’est installé progressivement, sur la durée.
La deuxième, et elle compte : c’est mon expérience à moi. Je ne peux rien promettre. Les résultats varient énormément d’une personne à l’autre. Ce qui a déplacé une montagne chez moi peut produire autre chose, ou moins, ou plus lent, chez quelqu’un d’autre. J’ai vu des effets impressionnants chez plusieurs de mes clientes. Je les ai vus aussi arriver doucement, par petites touches, chez d’autres.
Pourquoi je te raconte ça
Parce que c’est exactement le genre de changement dont je n’aurais pas osé rêver quand je fonctionnais en gérant tout en arrière-plan.
Et parce que le Brainspotting ne demande pas ce que la plupart des approches demandent. Pas besoin de raconter. Une bonne partie de mon travail se fait avec la honte, et les personnes qui la portent ne veulent souvent pas en parler. Certaines de mes clientes ont un mutisme social et ne parlent pas, de toute façon. Avec le Brainspotting, ça n’empêche rien. Parfois, ça marche même mieux sans mots.
Le fil rouge de tout ce que je fais reste le même. Ce n’est pas un manque de compréhension. On a souvent déjà compris, déjà beaucoup travaillé côté cognitif. À un moment, c’est le corps qui a besoin d’autre chose.
Ta mission cette semaine
Remarque un moment où ton regard se fixe tout seul quelque part quand une émotion forte te traverse. Dans le vide, par la fenêtre, sur un objet. Note juste que ça arrive. C’est ton cerveau qui cherche déjà, sans toi, une position qui l’aide à traiter.
Dis-moi si ça te parle ou si tu t’es reconnue quelque part dans ce récit, et où.
Cette série sur le Somatic Experiencing et le Brainspotting continue à deux posts par semaine. Et les ateliers Bouton OFF, avec un travail de Brainspotting accompagné, reprennent en septembre : commente en dessous ou envoie-moi un message si tu veux en savoir plus.
PS. Le mot que j’hésite toujours à employer, c’est justement celui-là, “machine”. Parce que ce que le Brainspotting m’a rendu, ce n’est pas de la performance. C’est de l’espace. La productivité est juste venue avec, comme un effet secondaire. Dis-moi si cette nuance résonne chez toi.








