Le Somatic Experiencing ne te demande pas de revivre le passé
Une approche somatique qui travaille avec les signaux du corps, pas contre eux.
La séance s’est bien passée.
Tu as parlé. Compris. Mis des mots sur des choses que tu portais depuis longtemps.
Deux jours après, ton corps fait exactement la même chose qu’avant. Même tension dans la nuque. Même gorge qui se serre quand le téléphone sonne. Même état d’alerte en fond, pour rien de précis.
Ce n’est pas que la thérapie par la parole ne sert à rien. C’est qu’elle parle à une partie de toi. Et qu’il y a une autre partie, plus ancienne, que les mots n’atteignent pas.
Le Somatic Experiencing part exactement de là.
Qu’est-ce que le Somatic Experiencing
Le Somatic Experiencing, abrégé SE, est une approche thérapeutique développée par Peter Levine à partir des années 1970. Levine avait observé quelque chose de frappant : les animaux sauvages traversent des situations potentiellement traumatiques en permanence, et ne développent pas de trauma chronique. Parce que leur système nerveux sait, instinctivement, décharger l’énergie qu’il a mobilisée pour survivre.
Le nôtre aussi. Sauf qu’on lui a appris à bloquer ce processus.
Le SE travaille avec ce que le corps a retenu : les réponses de survie inachevées, l’énergie stockée dans les muscles et les fascias, les signaux physiques que le système nerveux envoie encore, des mois ou des années après les faits.
Sans récit. Sans reviviscence. L’attention va vers ce qui se passe maintenant, dans le corps.
Le Somatic Experiencing est-il adapté aux personnes neuroatypiques ? Le SE s’adapte au rythme de chaque système nerveux. Il travaille avec les sensations plutôt qu’avec le récit, ce qui le rend particulièrement accessible aux personnes hypersensibles ou neuroatypiques, souvent saturées par l’effort de mise en mots.
4 concepts pour comprendre comment ça fonctionne
Les cycles inachevés
Quand tu as vécu quelque chose de difficile, ton système nerveux a mobilisé une énergie de survie : fuir, combattre, se figer. Si tu n’as pas pu terminer cette réponse, parce que la situation t’imposait d’encaisser ou de tenir, cette énergie est restée stockée.
Ce n’est pas une métaphore. C’est de la physiologie.
Le SE aide le corps à compléter, en douceur, ce qu’il n’a pas pu terminer à l’époque.
La titration
Ce mot vient de la chimie : l’idée de doser précisément pour ne pas provoquer de réaction explosive.
En SE, on travaille par petites vagues. Une dose d’activation, puis un retour au calme. Encore une dose, encore un retour. Pas de flooding, pas de “tout déballer d’un coup”. Cette précision protège un système nerveux hypersensible d’être submergé.
La pendulation
Un système nerveux sain oscille naturellement entre tension et détente. Chez les personnes en stress chronique, cette oscillation s’est réduite : on reste bloquée du côté de l’alerte, ou du côté de l’effondrement, sans vraiment traverser l’espace entre les deux.
La pendulation consiste à apprendre à bouger à nouveau entre ces états. Trouver ce qui est confortable, puis s’approcher doucement de ce qui l’est moins. Un exercice dédié à cette pratique est disponible ici : Pendulation : l’exercice pour commencer à sortir du figement.
Les sensations d’abord
Le SE ne part pas des émotions ou des souvenirs, mais des sensations physiques : chaleur, pression, picotements, contraction, envie de bouger. Ce sont des signaux du système nerveux. Ils sont plus proches du trauma stocké que les mots.
C’est souvent ce qui déroute les femmes qui ont l’habitude de tout analyser. Et c’est précisément ce qui rend le SE différent.
Comment ça se pratique
Le SE peut se pratiquer en séance individuelle avec un thérapeute certifié. Il s’intègre aussi dans une pratique quotidienne courte, à travers des audios guidés.
Ces deux formes ne sont pas interchangeables. La séance accompagnée permet de travailler des couches plus profondes. Les audios créent une régulation de fond, au quotidien. Les deux sont utiles, et l’un ne remplace pas l’autre.
Mes audios Somatic Experiencing sont disponibles sur encorps.be/t/audio. Tu peux commencer par les plus courts, 5 à 10 minutes, sans préparation particulière.
Pratique guidée : trouver un point neutre
Installe-toi confortablement. Pieds au sol, dos soutenu.
Prends un moment pour remarquer un endroit dans ton corps qui se sent relativement à l’aise, ou même neutre. Une main, un pied, la chaleur du dossier dans ton dos. Ça peut être minuscule.
Pose ton attention là. Quelques respirations.
Observe ce qui se passe : une légère détente, une chaleur, ou simplement rien de particulier.
Si à un moment l’intensité augmente, reviens au point neutre. Si l’inconfort persiste, arrête-toi et reprends plus tard.
Ce geste est l’entrée du Somatic Experiencing : apprendre à ressentir quelque chose qui va bien, avant d’aller vers ce qui est difficile.
Ce que le SE n’est pas
Ce n’est pas de la relaxation. Le SE peut activer avant de détendre. Des sensations inattendues peuvent apparaître : tremblements légers, chaleur, larmes sans souvenir précis, envie de bouger. C’est le système nerveux qui traite ce qu’il a gardé en réserve.
Ce n’est pas une thérapie par la compréhension. Tu peux pratiquer le SE sans jamais “comprendre” pourquoi tu réagissais comme tu réagissais. L’intellectualisation n’est pas le mécanisme de changement ici.
Ce n’est pas immédiat. Les changements que mes clientes décrivent prennent de la régularité, et souvent plusieurs semaines avant d’être perceptibles. Ce que le corps a mis des années à stocker ne se libère pas en une séance.
Ta mission cette semaine
Fais l’exercice du point neutre une seule fois, pendant 5 minutes.
Note ce qui se passe, sur papier ou dans ta tête. Même si la réponse est “pas grand-chose”. C’est une information.
Si tu veux aller plus loin, mes audios Somatic Experiencing sont disponibles sur encorps.be/t/audio. Et si tu veux explorer ça dans un groupe, les ateliers Bouton OFF reprennent en septembre, avec du Brainspotting intégré : commente en dessous ou envoie-moi un message.
PS. J’utilise le SE dans presque toutes mes séances, parce qu’il s’intègre partout : dans le TRE, dans le Brainspotting, dans les exercices en autonomie. C’est une des approches les plus polyvalentes que je connaisse, et la moins spectaculaire à première vue. Dis-moi si tu la connaissais avant de lire cet article.
