Ce qui épuise les femmes atypiques dans la vie ordinaire les aide en Somatic Experiencing
Pour les femmes atypiques et hypersensibles, la finesse sensorielle n'est pas un obstacle au travail somatique. C'est son principal outil.
La première fois qu’une cliente m’a dit ça, elle avait 44 ans, diagnostiquée TDAH à 39 ans, et elle sortait de dix ans de thérapies différentes.
C’est la première fois qu’on utilise comment je fonctionne.
Pas qu’on l’aide à mieux fonctionner. Qu’on utilise comment elle fonctionne, telle qu’elle était déjà.
J’ai mis quelques secondes à comprendre ce qu’elle voulait dire. Et puis j’ai commencé à entendre des variantes de cette phrase chez d’autres femmes. Presque uniquement chez les profils hypersensibles ou neuroatypiques, et presque uniquement avec le Somatic Experiencing.
Pas avec le TRE. Pas avec le Brainspotting, même si elles aiment les deux. Spécifiquement avec le SE.
Je ne suis pas certaine d’avoir une explication complète. Mais j’ai quelques éléments.
Le Somatic Experiencing est-il adapté aux femmes autistes ou TDAH ? Le SE est particulièrement bien toléré par les femmes autistes et TDAH parce qu’il ne demande pas de maintenir un récit verbal prolongé, qu’il suit le rythme du système nerveux plutôt que de l’imposer, et qu’il utilise la sensibilité sensorielle fine souvent présente dans ces profils comme outil thérapeutique principal.
Le problème avec la plupart des thérapies, quand on est hypersensible
La plupart des approches thérapeutiques demandent quelque chose d’assez particulier : maintenir un récit verbal pendant cinquante minutes, rester dans un état d’activation émotionnelle soutenue sans en sortir, produire des insights dans un temps imparti, répondre aux questions de façon à peu près linéaire.
Pour un système nerveux ordinaire, c’est un format qui fonctionne.
Pour un système nerveux hypersensible, c’est exactement le genre de conditions qui le font partir en vrille. La surcharge sensorielle, le traitement non-linéaire des informations, l’épuisement de devoir s’adapter au rythme de quelqu’un d’autre, la difficulté à “produire” quelque chose quand on est déjà en limite, tout ça se retrouve dans une séance de thérapie classique avant même d’avoir commencé à travailler.
Ce n’est pas que les thérapeutes font mal leur travail. C’est que le format lui-même est pensé pour un type de traitement cognitif qui n’est pas le leur.
Ce que le SE demande à la place
En Somatic Experiencing, la première question n’est pas “raconte-moi ce qui s’est passé”. C’est “qu’est-ce que tu remarques dans ton corps, là, maintenant ?”
Et ça change tout.
Parce qu’une femme hypersensible remarque déjà tout. La légère contraction dans la mâchoire avant même de mettre des mots sur ce qu’elle ressent. La chaleur qui monte dans les épaules. L’envie de reculer d’un demi-pas. Elle capte ces signaux depuis l’enfance, sans qu’on lui ait jamais dit que c’était utile. Sans cadre pour en faire quelque chose.
Cette précision sensorielle, qui l’épuise dans une réunion ou dans une conversation difficile, elle qui remarque tout alors que personne d’autre ne remarque rien, c’est dans le SE une information thérapeutique directe. Pas un problème à gérer. Un outil.
Je me souviens d’une cliente de 51 ans, profil autiste découvert tardivement, qui m’a décrit la première séance comme “bizarre mais pas désagréable”. Elle avait passé sa vie entière à apprendre à ignorer ce que son corps lui disait, parce que les gens autour d’elle lui avaient répété que ses sensations étaient excessives. Et là, quelqu’un lui demandait précisément d’y faire attention. Elle ne savait plus quoi faire de ça.
Après 4 séances, elle décrivait ce changement :
Je sais maintenant si je suis fatiguée avant d’être épuisée.
C’est peut-être la transformation la plus concrète que j’observe. Pas une grande libération. Une fenêtre de temps.
Sur le rythme
Ce qui complique aussi les choses, pour les profils hypersensibles, c’est que beaucoup de thérapies supposent une progression. Semaine 1, on ouvre ça. Semaine 3, on travaille là-dessus. Semaine 6, on tire des conclusions.
Le SE ne fonctionne pas comme ça. On suit ce que le corps montre en séance. Parfois c’est quelque chose de chargé. Parfois c’est un micro-mouvement dans les bras qui ne semble mener nulle part. Le rythme est celui du système nerveux, pas celui du protocole.
Pour des femmes qui ont passé leur vie à adapter leur rythme à celui des autres, c’est déroutant. Et ça dépend vraiment de la personne : certaines trouvent ça libérateur, d’autres ont besoin d’un peu plus de structure au départ pour ne pas se sentir perdues.
Je ne vais pas prétendre que le SE est la réponse universelle pour toutes les femmes hypersensibles. Ça serait mentir. Mais c’est un des rares outils qui utilise leur neurologie telle qu’elle est plutôt que d’essayer de la contourner.
Peut-être que c’est ça, ce qu’une de mes clientes essayait de me dire.
Ta mission cette semaine
Observe un signal que ton corps envoie régulièrement et que tu as appris à ignorer. Pas forcément quelque chose de difficile. Juste quelque chose de récurrent : une tension qui revient au même endroit, un soupir que tu coupes, une envie de bouger que tu retiens.
Note-le. Sans chercher à changer quoi que ce soit.
Ça te parle ? Dis-moi si tu t’es reconnue dans ce profil, et à partir de quel âge tu as commencé à ignorer ce que ton corps te disait.
Mes audios Somatic Experiencing sont disponibles sur encorps.be/t/audio pour commencer à travailler ça à ton rythme. Et les ateliers Bouton OFF reprennent en septembre : commente en dessous ou envoie-moi un message.
PS. La question que je me pose souvent : combien d’années ont passé entre le moment où ces femmes ont commencé à sentir que quelque chose ne allait pas, et le moment où quelqu’un a enfin utilisé ce qu’elles étaient plutôt que de leur demander d’être autrement. La réponse est rarement “moins de dix ans”. Dis-moi si c’est aussi ton expérience.

