Le Brainspotting a été découvert par accident. Et ça explique presque tout.
Une découverte faite en 2003, un principe d'une simplicité déconcertante, et des effets que je n'aurais pas osé promettre.
Je me souviens exactement du moment où j’ai compris que le Brainspotting était autre chose.
C’était lors d’une de mes propres séances. Mon thérapeute avait repéré un point dans mon champ visuel, quelque chose légèrement vers le bas et sur la droite. Mes yeux se sont posés là. Sur un mur beige, sur rien de particulier. Et quelque chose s’est mis à bouger. Profondément. Pas une émotion identifiable, pas un souvenir, juste quelque chose qui se déplaçait dans la cage thoracique et que je n’aurais pas su nommer.
Vingt minutes plus tard, c’était passé. Et ma concentration, dans les jours suivants, n’avait pas été aussi stable depuis mes 30 ans.
Voilà pour mon biais personnel. La suite est l’explication.
Le Brainspotting n’est pas dangereux ni déstabilisant. Il peut générer des sensations intenses pendant la séance, mais le protocole est conçu pour être contenu et accompagné. Il ne se pratique pas seul. Une séance se termine toujours par un temps d'intégration. Si tu as des antécédents de dissociation sévère, préviens le thérapeute avant de commencer.
Une découverte faite par accident, en 2003
David Grand était thérapeute spécialisé en EMDR. Un jour, lors d’une séance avec une nageuse de compétition, il guide ses yeux de gauche à droite, comme dans le protocole habituel. À un moment, les yeux de la cliente s’arrêtent. Résistance. Tremblement. Traitement visible.
Grand s’arrête aussi. Il laisse les yeux là où ils sont.
Quelque chose de différent se passe.
Il a appelé ça le Brainspotting, et passé les vingt années suivantes à en comprendre le mécanisme. Aujourd’hui, c’est une approche utilisée dans plus de 100 pays, avec une base de recherche qui continue à s’étoffer. Mais le principe de départ est resté d’une simplicité déconcertante : là où tu regardes affecte ce que tu ressens.
Pourquoi la position du regard change quelque chose
Le cerveau a une structure qui traite à la fois les informations visuelles et les réponses émotionnelles de survie. Le colliculus supérieur, si tu veux le nom technique, mais ce qui compte c’est ça : les yeux ne sont pas des fenêtres passives. Ils sont connectés aux mêmes circuits que ceux qui traitent la peur, la honte, le danger, la mémoire implicite.
Certaines positions dans le champ visuel correspondent à des zones d’activation dans le cerveau. Un “brainspot” c’est ça : un point du regard qui active quelque chose dans le corps. Un endroit où les yeux, quand ils se posent, révèlent qu’il y a quelque chose là.
Ce n’est pas magique. C’est neurologique. Et c’est aussi pour ça que ça reste un peu difficile à expliquer à quelqu’un qui ne l’a pas vécu.
Ce qui se passe dans une séance
Le thérapeute commence par identifier ce sur quoi on va travailler. Pas forcément un souvenir précis. Ça peut être une sensation dans le corps, une émotion récurrente, un état qui revient. “La tension dans la gorge quand je dois dire non.” Quelque chose comme ça.
Ensuite, il cherche avec toi un point dans le champ visuel qui active quelque chose. Parfois c’est rapide. Parfois ça prend quelques minutes. Quand le point est trouvé, les yeux restent là. Et on laisse le cerveau travailler.
Ce qui arrive ensuite varie beaucoup d’une personne à l’autre. Des sensations physiques qui traversent. De la chaleur, des tremblements légers, des larmes qui arrivent sans histoire précise. Parfois un souvenir qui remonte, parfois rien de visible, juste quelque chose qui se dépose. Une femme de 53 ans m’a décrit sa première séance comme “avoir regardé un film que je ne comprenais pas et sortir de la salle en me sentant plus légère”.
La thérapeute est là pendant tout ce temps. Pas silencieuse dans un coin, vraiment là, accordée à ce qui se passe. C’est ce que Grand appelle le double accordage : être présente à la fois au lien relationnel et à ce qui se passe dans le corps. Les deux comptent.
Ce que le Brainspotting atteint là où les mots n’arrivent pas
J’hésite toujours un peu à utiliser le mot “profond”, parce qu’il est tellement galvaudé. Mais dans ce cas précis, il correspond à quelque chose de réel.
Beaucoup des choses que mes clientes portent n’ont jamais eu de mots. Des expériences très précoces, avant le langage. De la honte, qui ne se raconte pas vraiment, qui se porte dans le corps sans qu’on sache très bien comment la toucher. Des blocages qui ont résisté à plusieurs années de thérapie par la parole, pas parce que la thérapie était mauvaise, mais parce que ce n’était pas au niveau du langage que le nœud était installé.
Le Brainspotting ne demande pas de mettre des mots. Il ne demande pas de raconter. Il demande de regarder un endroit dans l’espace et de laisser le corps faire ce qu’il a besoin de faire.
C’est précisément pour ça que je ne le propose pas en pratique autonome. Pas parce que c’est dangereux, mais parce que la présence d’un thérapeute fait partie du mécanisme. Seule, tu peux regarder un mur. Mais il manque l’accordage, et c’est lui qui crée les conditions pour que quelque chose se libère vraiment.
Une préparation pour commencer à apprivoiser l’idée
Avant une séance de Brainspotting, ou simplement pour comprendre par le corps ce dont il s’agit, voici quelque chose de court.
Assieds-toi. Pieds au sol.
Pense à quelque chose de légèrement difficile, pas quelque chose de chargé. Laisse venir une sensation dans le corps.
Maintenant, sans bouger la tête, laisse tes yeux se déplacer lentement de gauche à droite. Observe si à un endroit, ils ont envie de s’arrêter. Pas de force. Juste une pause naturelle.
Si un endroit attire les yeux, reste là quelques secondes. Remarque ce que tu ressens.
Ce n’est pas une séance de Brainspotting. C’est juste une façon de sentir que le regard et le corps sont connectés, avant d’aller plus loin avec quelqu’un de formé.
Si l’intensité monte à un moment, reviens au contact de tes pieds sur le sol. Et arrête si l’inconfort persiste.
Ta mission cette semaine
Essaie l’exercice ci-dessus une fois, dans un moment calme. Et note un seul mot qui décrit ce que tu as remarqué.
Si ça te parle, dis-moi si tu as déjà entendu parler du Brainspotting, ou si tu viens de le découvrir ici.
Les ateliers Bouton OFF, qui reprennent en septembre, incluent un travail de Brainspotting accompagné : commente en dessous ou envoie-moi un message si tu veux en savoir plus.
PS. La question que mes clientes me posent le plus souvent avant une première séance de Brainspotting : “Mais je vais devoir raconter quoi ?” La réponse : pas grand-chose. Juste ce que le corps montre, là où les yeux s’arrêtent. Le reste, il le fait lui-même.
