Mutisme et trauma : quand le corps parle sans les mots
Elle ne pouvait pas sortir d'une voiture. Quatre mois plus tard, elle prenait le train seule.
Novembre 2024. Parking d’un gymnase.
Une jeune femme de 20 ans est assise dans la voiture de sa mère. La portière est ouverte. Sa mère l’attend dehors, doucement, sans pression. Elle ne peut pas sortir. Son corps refuse. Ses jambes ne bougent pas.
Ce n’est pas de la peur. Ce n’est pas dans sa tête. C’est dans son système nerveux.
Elle rentre à la maison sans être descendue de la voiture.
C’est comme ça qu’elle est arrivée dans mon cabinet pour la première fois. Accompagnée de sa mère. Parce qu’elle ne pouvait pas venir seule.
Quand tout a déjà été essayé
Elle ne parle pas.
Pas “elle parle peu”. Pas “elle est timide”. Elle ne parle pas du tout. Mutisme social profond. En séance, aucune parole. Aucun hochement de tête. Aucun geste. Au début, même pas un regard soutenu. Juste une présence silencieuse et un corps figé.
Sa mère m’explique : psychologie, kinésiologie, soins énergétiques, démarches spirituelles. Tout a été tenté. Rien n’a fonctionné. La raison commune : aucune de ces approches ne savait travailler avec le mutisme. Tout nécessitait qu’elle parle. Qu’elle exprime. Qu’elle coopère verbalement.
Ce qu’elle portait était lourd :
une relation très compliquée avec son père, une atmosphère familiale difficile au quotidien
un traumatisme silencieux ancré dans sa famille bien avant sa naissance
une dissociation si profonde qu’elle ne se sentait plus habiter son propre corps
des douleurs chroniques
une dépression sévère
Elle ne pouvait pas le dire avec des mots.
Alors, elle l’avait dessiné.
Ce que son dessin révélait
À 15 ans, elle s’est dessinée de profil. Un masque chirurgical bleu sur la bouche et le nez. Dessiné avant la pandémie, bien avant. La partie supérieure du crâne est ouverte : à l’intérieur, un visage hurlant, contorsionné. Une terreur pure, invisible depuis l’extérieur. Au niveau de la gorge, un nœud noir dense, trait appuyé, répétitif. Les mots “afraid”, “why?”, “alone” flottent autour.
Le masque couvre la bouche. Le nœud étouffe la gorge. La tête s’ouvre sur une horreur que personne ne voit.
Et son corps n’existe pas dans le dessin. Pas de corps, pas de pieds, pas d’ancrage. Juste une tête qui hurle en silence.
Ce dessin disait ce que sa voix ne pouvait pas formuler.
Travailler sans parler
J’ai adapté tout mon cadre thérapeutique.
Toute communication avant et après les séances passait par sa mère. En séance, j’expliquais tout par des schémas visuels. Elle pouvait répondre en levant un doigt, en posant une main, en écrivant sur une feuille. Aucune attente de parole. Jamais.
J’ai utilisé des approches qui travaillent directement avec le système nerveux :
Brainspotting (accès aux mémoires traumatiques par le regard)
TRE (libération des tensions par tremblements naturels)
Somatic Experiencing (complétion des réponses de survie bloquées)
Constellation familiale, pour dénouer ce qui se transmettait de génération en génération
Le mutisme n’était pas un obstacle au travail. C’était la carte.
Les premières séances, son corps ne réagissait presque pas. Figement profond. Dissociation massive. Son système nerveux était tellement en mode survie qu’il ne pouvait pas produire de signal. L’absence de réaction était l’information.
J’ai continué. Sans forcer. En créant juste un espace où son système pouvait commencer à sentir qu’il était en sécurité.
Le tournant
Entre deux séances, elle a fait quelque chose d’immense.
Avec sa mère, elle a entrepris une démarche officielle pour retirer son deuxième prénom. Un prénom qu’elle portait depuis sa naissance, lié à une perte familiale qui précédait son existence. Un prénom qui ne lui appartenait pas vraiment.
Elle ne parlait pas. Mais elle a signé ce document.
C’est un acte d’individuation majeur : rendre à l’autre ce qui lui appartient. Récupérer son propre nom.
Après ça, quelque chose a bougé. En séance, avec un protocole Brainspotting spécifique (Rolling, puis One Eye avec musique bilatérale), j’ai vu les premières micro-réactions corporelles. Légères. Presque imperceptibles. Mais présentes.
Son système nerveux commençait à sortir du figement.
Mars 2025
Elle décide de rencontrer en personne quelqu’un avec qui elle correspondait en ligne.
Le jour du départ : crise d’angoisse. Massive.
Elle y va quand même.
Elle prend le train. Seule.
Elle y retourne le même après-midi.
Sa mère la cherche à la gare le soir.
Quatre mois plus tôt, elle ne pouvait pas sortir d’une voiture sur un parking.
Le message que sa mère m’a envoyé :
“Je suis heureuse de la voir changer, s’épanouir et vivre l’amour. Mon cœur de maman est heureux.”
Ce que ce cas m’a appris
Elle ne parle toujours pas en fin de suivi. Ce n’est pas un miracle. Ce n’est pas une guérison complète.
Mais elle vit.
Ce cas m’a confirmé quelque chose d’essentiel :
Le corps dit ce que la voix ne peut pas dire
Le mutisme n’est pas un blocage. C’est une protection qu’il faut respecter.
Le travail somatique peut accéder là où les mots ne vont pas
Parfois, il faut dénouer ce qui se transmet de génération en génération avant de libérer le corps
Les résultats ne sont pas linéaires. Le processing continue des semaines après les séances.
Les protocoles que j’ai utilisés
Les adaptations précises pour travailler avec un figement dissociatif profond, les setups Brainspotting qui fonctionnent avec ce type de profil, comment articuler travail systémique et travail somatique : c’est au cœur des 4 articles premium sur les états mixtes neurodivergents.
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