Ce n'est pas dans ma tête

Ce n'est pas dans ma tête

Cette tisane "apaisante" qui a transformé mes nuits en cauchemar

Ou comment une tisane pour le sommeil est devenue mon pire ennemi

Raquel Devillé
mai 12, 2025
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Il y a quelques années, j’ai pris une décision que je pensais bienveillante : privilégier les approches naturelles pour prendre soin de moi. J’avais l’impression de faire le bon choix, de respecter mon corps hypersensible en évitant les produits chimiques. Chaque soir, je me préparais ma tisane “sommeil réparateur” avec le soin d’un rituel sacré. Un moment pour moi, une pause douce avant la nuit.

Je me sentais tellement fière de cette routine.

Sauf que mon sommeil se dégradait. Semaine après semaine, mon corps refusait de plus en plus ce repos que je lui offrais. Je me réveillais la nuit, le cœur tambourinant contre mes côtes comme s’il voulait sortir de ma poitrine. Cette sensation de tension dans tout mon être, cette impossibilité de lâcher prise même dans le noir de ma chambre.

Et moi, têtue, je continuais. Parce que c’était naturel. Parce que l’emballage promettait l’apaisement. Parce que je ne pouvais pas imaginer qu’une tisane puisse me faire du mal.

Plus je buvais, pire c’était.

Mon corps parlait. Criait, même. Mais je ne l’écoutais pas.

Il a fallu une formation sur les plantes médicinales pour que la vérité me frappe en plein visage. L’intervenante parlait de la réglisse – cette racine douce et réconfortante qu’on ajoute partout pour adoucir le goût des préparations. Elle listait les effets : élévation de la pression artérielle, augmentation du cortisol, insomnie, nervosité...

Mon cœur s’est serré. C’était exactement ce que je vivais.

J’ai attendu la pause pour vérifier l’emballage de ma tisane miracle. Et elle était là. Racine de réglisse. En troisième position. Comment avais-je pu ne pas la voir ?

J’ai changé de tisane. Mon sommeil est revenu. Leçon apprise, non ?

Pas vraiment.

Quelques mois plus tard – et là, je mesure aujourd’hui à quel point notre corps doit parfois nous répéter les mêmes leçons encore et encore – j’ai acheté une nouvelle marque. Cette fois, j’ai été vigilante. J’ai vérifié les gros caractères sur l’emballage. Pas de réglisse mentionnée.

Parfait.

Les symptômes sont revenus avec une violence qui m’a sidérée. Cette fois, ce n’était plus seulement des nuits blanches. C’était une tension permanente, une sensation de vivre constamment en état d’alerte. Mon corps hurlait, et je ne comprenais pas pourquoi.

Moi qui accompagne des femmes à se reconnecter à leur corps, moi qui parle sans cesse d’écoute somatique... j’avais complètement manqué les signaux du mien.

Le désespoir m’a poussée à consulter un médecin. Moi qui privilégie toujours les approches douces, j’étais là, dans cette salle d’attente, à admettre que je n’arrivais plus à gérer seule.

C’est en attendant mon tour, la boîte de tisane dans mon sac, que j’ai eu cette intuition. J’ai sorti la boîte. J’ai cherché la liste des ingrédients en tout petits caractères au dos.

Et je l’ai vue.

“Racine de réglisse” – mentionnée presque en dernier, en caractères minuscules. Ajoutée discrètement pour son pouvoir sucrant naturel.

Mon corps, lui, la détectait à chaque gorgée.

Aujourd’hui, quand mes clientes me parlent de ces approches “naturelles” qu’elles testent, je repense à mes tisanes. À cette confiance aveugle que j’avais placée dans le mot “naturel” comme s’il était synonyme d’inoffensif.

J’ai compris que mon hypersensibilité ne se manifestait pas seulement dans mes relations ou mes émotions. Elle vivait aussi dans chaque cellule de mon corps, analysant, réagissant, me protégeant à sa manière. Même quand ma tête voulait croire que tout allait bien, mon corps, lui, savait.

Cette expérience a transformé ma pratique. Elle m’a rappelé avec humilité que l’expertise thérapeutique ne nous protège pas de nos propres angles morts. Que parfois, ce sont nos échecs personnels qui nous enseignent le plus sur l’écoute somatique.

Et toi ?

Est-ce qu’il t’est déjà arrivé de persister dans quelque chose de “bon pour toi” pendant que ton corps te criait le contraire ?

As-tu déjà mis du temps à comprendre ce que ton corps essayait de te dire, encore et encore ?

Peut-être que ton hypersensibilité réagit aussi à des choses que ton mental juge inoffensives. Peut-être que, toi aussi, tu dois réapprendre plusieurs fois les mêmes leçons avant qu’elles s’ancrent vraiment.

Si cette histoire résonne en toi, laisse-moi un mot en commentaire. Parfois, savoir qu’on n’est pas seule à avoir mis du temps à écouter son corps... ça change tout.


Dans mes articles premium, j’explore en profondeur ces moments où notre corps nous parle et où nous avons appris – parfois douloureusement – à l’écouter. Si tu veux approfondir cette reconnexion à ton propre langage corporel, je t’invite à rejoindre ma communauté d’abonnées.

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