En réunion, tu captes tout. La micro-tension dans une voix, le non-dit dans un silence, l’humeur de quelqu’un avant même qu’il ait parlé. Toute ta vie, on t’a dit que tu étais trop. Trop sensible, trop intense, trop à l’affût.
Et si cette perception que tu traînes comme une charge était exactement ce sur quoi un travail de soin pouvait s’appuyer ?
Il existe une approche qui fait précisément ça. Elle s’appelle le Brainspotting. Et ce n’est pas un hasard si elle convient si souvent aux cerveaux qui fonctionnent autrement. Ça tient à trois mécanismes.
Ici, chaque semaine des ressources concrètes sur la régulation du système nerveux. Pour ne plus survivre en mode survie. Sans tout remettre en question. Sans ajouter encore une chose à ta liste.
1. Il ne demande pas de mettre des mots
Une bonne partie de ce que portent mes clientes n’a jamais eu de mots. Des expériences très précoces. De la honte, qui ne se raconte pas, qui se porte sans qu’on sache par quel bout la prendre.
Et chez les profils neuroatypiques, cette difficulté à verbaliser est souvent plus marquée. Certaines de mes clientes autistes ont un mutisme sélectif et ne parlent pas en séance, tout simplement. D’autres ont une alexithymie, cette difficulté à identifier et nommer ce qu’elles ressentent.
Les approches qui reposent sur le récit les mettent en échec avant même de commencer. Le Brainspotting ne demande pas de raconter. Parfois, ça fonctionne même mieux sans un mot.
2. Il suit un traitement non linéaire
Les cerveaux TDAH et autistes traitent souvent l’information en zigzag. Une sensation appelle une image, qui déclenche un souvenir logé dans le corps, qui renvoie vers autre chose, sans logique narrative apparente.
La plupart des thérapies attendent une progression ordonnée. Un début, un milieu, une fin. Pour ces cerveaux-là, cette exigence de linéarité est en elle-même dysrégulante. On leur demande de traiter d’une manière qui n’est pas la leur.
Le Brainspotting ne corrige pas la trajectoire. Il suit ce qui vient, dans l’ordre où ça vient. Une femme de 47 ans m’a dit un jour, au milieu d’une séance, qu’elle ne comprenait pas pourquoi elle pensait soudain à la cuisine de sa grand-mère, mais que son ventre venait de se desserrer. Elle avait raison de ne pas comprendre. Ce n’était pas à comprendre. Son cerveau faisait son travail, à sa façon.
3. Il s’appuie sur la perception fine, pas contre elle
C’est peut-être le point le plus important, et le plus mal compris.
Les profils hypersensibles et neuroatypiques perçoivent énormément. Chaque micro-signal du corps, chaque variation, chaque détail. Dans la vie quotidienne, c’est épuisant : tu absorbes ce que les autres ne perçoivent même pas.
En Brainspotting, cette perception devient l’outil central. Repérer le point qui active quelque chose, sentir ce qui se déplace, suivre une sensation ténue, tout ça demande une finesse sensorielle que beaucoup de gens mettent des mois à développer. Toi, tu l’as déjà. Depuis toujours.
Ta sensibilité n’est pas un défaut à gérer pendant le travail. C’est ce sur quoi le travail s’appuie.
Pour les curieuses : ce qui se passe dans le cerveau
Si tu veux le socle, le voici. David Grand, qui a développé le Brainspotting, a formulé une idée simple : là où tu regardes affecte ce que tu ressens.
Derrière cette phrase, il y a de la neurologie. Les yeux ne sont pas de simples capteurs. Ils sont reliés à des structures profondes du cerveau, sous le cortex, qui traitent la peur, le danger, la mémoire implicite. Le colliculus supérieur, entre autres, cette petite région qui gère à la fois l’orientation du regard et des réponses de survie très anciennes.
Quand le regard se fixe sur un point précis lié à une activation, il maintient une sorte d’accès direct à ces zones profondes. Et le cerveau se met à traiter, sans passer par le langage. C’est ce socle qui rend possibles les trois mécanismes plus haut.
Ce que je ne peux pas te promettre
Je veux être honnête avec toi là-dessus, parce que ça compte. La recherche scientifique sur le Brainspotting est encore jeune. Quelques études, des résultats préliminaires encourageants, mais rien qui ressemble à la montagne de données qu’on a sur d’autres approches. Les retours cliniques sont bons, mon expérience de cabinet aussi, mais ça ne remplace pas des années de données solides.
Et les chemins varient énormément. Ce qui se déploie vite chez une personne peut prendre du temps chez une autre, ou passer par des détours. Je ne peux rien te garantir.
Ce que je peux te dire, c’est que si tu as un cerveau qui fonctionne autrement, et que tu t’es souvent sentie en décalage avec les cadres thérapeutiques classiques, ce n’est pas forcément parce que tu es un cas compliqué. C’est peut-être juste que ces cadres n’étaient pas pensés pour ta manière de traiter.
Ta mission cette semaine
Repère un moment cette semaine où ta perception fine t’a servie. Où tu as capté quelque chose que personne d’autre n’avait vu ou senti. Pas pour t’en plaindre cette fois. Juste pour noter que c’est une capacité, pas seulement une charge.
Dis-moi si tu t’es reconnue dans un de ces trois mécanismes.
Les ateliers Bouton OFF, avec un travail de Brainspotting accompagné, reprennent en septembre. Si tu veux en savoir plus, envoie-moi un message.
PS. Ce qui me touche le plus avec les femmes neuroatypiques en séance, c’est le moment où elles comprennent que ce qu’on a passé leur vie à leur reprocher — cette sensibilité, cette façon de tout capter — devient soudain la chose la plus utile dans la pièce. Dis-moi si tu attends encore ce moment-là.
